dimanche, 16 novembre 2025

Des enquêteurs de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) concluent dans un rapport publié mardi que la force française Barkhane a frappé un rassemblement « très majoritairement composé de civils » le 3 janvier 2021 près du village de Bounty.

Les experts de l’ONU ont tranché, sans laisser de la place à l’ambiguïté. Le 3 janvier, l’armée française a bombardé une centaine de civils, habitants du village de Bounti, regroupés pour une noce. «Au terme de l’enquête, la Mission des Nations unies au Mali est en mesure de confirmer la tenue d’une célébration de mariage qui a rassemblé, sur les lieux de la frappe, une centaine de civils », écrivent-ils dès la première page de leur rapport, publié ce mardi. Avant de préciser, dans la deuxième partie de la phrase : «Parmi lesquels se trouvaient cinq personnes armées, membres présumées de la Katiba Serma.»

Trois mois après les faits, les deux principales zones d’ombre du raid aérien de Bounti sont enfin éclairées par l’enquête de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali.

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L’équipe de la mission composée de quinze chargés des droits de l’homme, avec le soutien de deux experts de la police scientifique des Nations Unies et de deux chargés de l’information publique a effectué ses travaux à Bamako, Mopti, Sévaré, Douentza et Bounty.

L’équipe a organisé des entretiens présentiels individuels avec au moins 115 personnes et avec au moins 200 personnes lors des réunions groupées, et réalisé plus d’une centaine d’entretiens téléphoniques. Elle a également analysé au moins 150 publications, notamment des communiqués et déclarations officiels, des articles de presse, des déclarations et positions d’autres acteurs et des sources ouvertes ainsi que des photographies et vidéos concernant la frappe de Bounty.

Le 25 janvier 2021, avec l’appui et la couverture aérienne de la force de la MINUSMA, l’équipe s’est rendue à Bounty et visité le lieu de la frappe aérienne, l’endroit présumé d’enfouissement des dépouilles des personnes tuées par la frappe ainsi que le village.

« Je me félicite que ce travail important de la MINUSMA, en conformité avec son mandat relatif aux droits de l’homme, ait pu être réalisé avec la coopération de toutes les parties concernées », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali, et Chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif.

Au terme de l’enquête, la MINUSMA recommande aux autorités maliennes et françaises de diligenter « une enquête indépendante, crédible et transparente » afin d’examiner les circonstances de la frappe et son impact sur la population civile de Bounty ; d’examiner de manière approfondie les processus de mise en œuvre des précautions lors de la préparation d’une frappe ainsi que des critères utilisés pour déterminer la nature militaire de l’objectif aux fins de l’application du principe de distinction y compris l’appartenance à un groupe armé à la lumière de cet incident et à y apporter des modifications si nécessaires ; d’enquêter sur les possibles violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme et d’établir les différentes responsabilités et d’octroyer le cas échéant une réparation appropriée aux victimes et aux membres de leurs familles.

Le ministère français des Armées a aussitôt rejeté toute bavure. Il « maintient avec constance et réaffirme avec force » que « le 3 janvier, les forces armées françaises ont effectué une frappe aérienne ciblant un groupe armé terroriste identifié comme tel » près de Bounti (centre), « émet de nombreuses réserves quant à la méthodologie retenue » et « ne peut considérer que ce rapport apporte une quelconque preuve contredisant les faits tels que décrits par les forces armées françaises ».

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