Védrine fait une analyse de la situation au Rwanda avec la guerre civile. Il était alors secrétaire général de l’Elysée. Invité de l’émission Afrique sur la RFI, Hubert Védrine fait une analyse de la commission Duclert qui a donc remis son rapport vendredi à Emmanuel Macron.
« Je crois que ce sont les conclusions de M. Duclert lui-même, pas celle de la commission. Je ne sais pas ce que pense la commission.En tout cas, on a les conclusions de Vincent Duclert qui sont assez précises. À mes yeux, ce rapport est important pour plusieurs raisons. D’abord, il écarte clairement toute idée de complicité de la France dans le génocide »a déclaré Hubert Védrine.
A l’en croire, c’est bien le moins. « C’était une accusation non seulement débile mais monstrueuse et fausse. Mais c’est important qu’il le dise. D’autre part, il est assez objectif, me semble-t-il, sur l’opération Turquoise, qui était une opération décidée par le conseil de sécurité des Nations unies, on l’oublie trop souvent. Puis par ailleurs, il ne me prête aucun rôle particulier dans toute cette affaire, que j’ai en effet accompagnée, que je défends et que j’essaie d’expliquer ». Selon lui, il n’a jamais été décideur dans cette affaire.
« Je ne dis pas cela pour me défausser, car je pense que la France est le seul pays au monde qui a essayé d’enrayer le mécanisme de la guerre civile » tient-il à préciser..
Il est tout à fait en désaccord avec cette présentation qui lui paraît inexacte historiquement et chronologiquement.
Car dit-il, tout démarre en fait en 1990, avec les attaques du FPR. « Personne ne dit qu’il y a un risque de génocide au Rwanda en 1990. C’est à ce moment que le président du Rwanda appelle au secours. La France n’accepte de les protéger contre cette menace militaire que parce qu’il y a un deuxième volet : « On vient, on vous protège mais il va falloir régler la question des réfugiés tutsis. » Il y avait deux volets, il faut toujours y revenir » poursuit-il.
Pour Hubert Védrine, car ceux qui ne font qu’attaquer l’action de la France ne parlent que du volet militaire. Le volet militaire de la France n’était pas seulement chargé de contenir les attaques du FPR et de l’Ouganda. Il y avait aussi le volet politico-diplomatique grâce à la présence militaire. « Les deux sont liés, pour imposer un compromis aux Hutus et aux Tutsis. Les Hutus n’en veulent pas, car le compromis que propose la France – et qu’elle impose finalement à Arusha à l’été 1993 – était très généreux pour les Tutsis » a-t-il soutenu.
D’après lui, l’armée prévue pour le Rwanda de l’avenir, 40 % de l’armée aurait été tutsie, alors que les Tutsis à l’époque, dit-on, représentaient 12 à 13 % de la population. « La France n’était donc pas l’amie du régime. Sinon, elle ne lui aurait pas tordu. L’aboutissement de la politique française d’engagement en 1990 face à la menace, ce furent les accords d’Arusha.
Après, la France s’est retirée. Il n’y a donc pas de faillite française. Il y a même une réussite française. » fait-il remarquer.
Mapote Gaye
