dimanche, 16 novembre 2025

Précision utile à l’entame de cet éditorial : par «talibanie», s’entend tout cet espace géographique et géopolitique allant de l’Afrique à l’Asie, espace sous l’emprise du mouvement islamiste connu désormais sous l’appellation mouvement djihadiste (Dahesh).
Sur le continent, on le savait actif en Somalie et au Soudan. Depuis, il s’étend au Machrek (Lybie et Egypte), atteint l’Afrique de l’Est (Kenya et Tanzanie), serpente l’Afrique de l’Ouest au travers du G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Nigéria, Côte d’ivoire) auxquels il faut absolument ajouter le Nigeria (Boko Haram) et en Côte d’Ivoire, se prolonge en Afrique australe (Mozambique) et remonte à l’Afrique centrale avec la partie orientale de la RDC.

En Asie, son point de départ, le mouvement s’est installé confortablement en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Syrie en plus du Liban, de la Palestine, de la Jordanie et de plusieurs pays du Golfe persique.
Combien d’Etats ? Une bonne cinquantaine.

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A propos de la RDC, c’est depuis 2015, sinon plus tôt, que les groupes armés Adf-Nalu sont présentés en organisations terroristes .
Les autorités congolaises n’ont eu de cesse d’alerter l’opinion internationale sur la dangerosité de l’implantation de leur implantation sur le territoire national, cas l’Adf (Allied Democratic Forces) d’origine ougandaise mais soutenue à sa création en 1995 par le Zaïre de Mobutu et le Soudan de Hassan al-Touarabi. Objectif visé à l’époque : la chute de Museveni, arrivé pourtant au pouvoir en 1986 grâce au maréchal du Zaïre.

Dans l’Accord de Lusaka, l’Adf fait partie des groupes armés étrangers que la Force internationale avait mission de désarmer, les autres groupes étant les ex-Far, le Lra, l’Unrf II, les milices Interahamwe, le Funa, le Fdd, le Wndf, le Nalu, l’Unita. C’est au chapitre 9.
Les charges de cette force sont déterminées au chapitre 8 avec deux sous-chapitres, l’un concernant le maintien de la paix, l’autre le désarmement.
Il s’agit, on s’en doute, de la Mission onusienne déployée en 2000 sous la dénomination abrégée Monuc, rebaptisée plus tard Monusco.
Il se dit que c’est la plus importante – et bien entendu la plus coûteuse – à opérer dans le monde.

La préoccupation, aujourd’hui, n’est pas de faire son bilan. Kinshasa a profité de toutes les tribunes au pays et à l’étranger pour s’exprimer à ce sujet sans se faire entendre ni comprendre.
Manifestement, la décision finale est ailleurs.

Pour l’heure, la préoccupation est de savoir ce que deviendra la RDC maintenant que Washington reconnaît dans les Adf un mouvement djihadiste ! Car, dans la logique américaine, les États-Unis combattent tout mouvement islamiste ou djihadiste partout où il se manifeste, c’est-à-dire dans n’importe quel coin ou point du monde.

Aussi, tout Congolais avisé ne peut que se demander à quoi ressemblerait toute intervention américaine dans son pays au regard du référentiel existant : Afghanistan, Irak, Syrie, Libye, Mali, Niger et Burkina Faso, pour ne citer que ces pays…
Les émissions spécialisées de France 24 sur les 10 ans du Printemps arabe dans tel pays d’Afrique ou d’Asie ne présentent que des villes, des villages, des routes bombardés dans le cadre des Opérations menées par des armées de l’Otan contre tel mouvement islamiste ou djihadiste.
Avant quitter la Maison-Blanche, Donald Trump a laissé le monde perplexe, s’agissant de sa politique à l’égard des Talibans, djihadistes assumés. Des décennies durant, ces derniers étaient l’ennemi n°1 des États-Unis. Paradoxalement, réalisant l’impossibilité de les détruire militairement, Trump a initié des négociations tout en mettant ses interlocuteurs sous pression.
Ce que nous avons le devoir de retenir, nous Congolais, c’est que la guerre contre les organisations djihadistes se poursuit en Afghanistan et ailleurs.

Invité d’honneur au 2ème Forum de Paris sur la Paix tenu à Paris en 2020, Félix Tshisekedi en avait appelé à une coalition mondiale pour combattre le terrorisme.
Le séjour, à Kinshasa, du 27 au 29 janvier 2021, d’une délégation de premier plan du commandement américain en Afrique (Africom) basé en Allemagne a rassuré le Président de la République de la volonté de Washington de contribuer au rétablissement d’une paix pérenne dans l’Est de la RDC.
La confirmation, par l’administration Biden, des opérations de Dahesh dans cette partie du pays via l’Adf, ne peut être que bien accueillie par la population congolaise.
En son temps – l’histoire reste l’histoire – Joseph Kabila avait préconisé la neutralisation de ces organisations sans y parvenir parce qu’indexé par les partenaires occidentaux.

Une chose est vraie : c’est pour n’avoir pas été défaite lorsqu’il a fallu le faire au cours de ces dernières années dans le cadre de l’Accord de Lusaka que l’Adf – à l’instar des organisations islamistes similaires citées dans l’Accord de Lusaka – a pu résister et, probablement, s’est résignée à s’abriter derrière Dahesh pour sa survie.

C’est justement là que se situe le danger plus pour la RDC que pour la sous-région des Grands Lacs. Car, désormais, les Américains prennent sérieusement en mains le dossier de l’Est.
Pour quelle finalité cependant ?
Si c’est pour nous débarrasser de l’intrusion islamiste – c’est cela le souhait de tous les Congolais – c’est une très bonne chose.
Si, par contre, c’est pour placer le pays dans le même package que l’Afghanistan, le Pakistan, l’Irak, la Syrie, la Lybie et les pays du G5 Sahel, alors on a de quoi s’écrier : « De grâce, pas de ‘talibanie’ en RDC ».
Dans certains de ces pays, il y a eu destruction massive des infrastructures qu’on peut reconstruire et en tirer profit.
Chez nous, il y a eu destruction massive des populations qu’on ne peut pas repeupler.
A moins de planification d’un « repeuplement » dans les plaines, les collines et les vallées de l’Ituri, du Nord Kivu, du Sud Kivu, du Maniema, du Tanganyika.
Et là, c’est : N-O-N !

Omer Nsongo die Lema

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